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Matière

L'enduit hydraulique : liants, dosages, emplois

Un liant hydraulique fait prise à l'eau. Cette propriété change tout : la vitesse d'exécution, le comportement en milieu humide, la rigidité finale de l'enduit — et la compatibilité avec la pierre du mur. Encore faut-il savoir ce qu'il y a dans le sac.

Hydraulique veut dire prise à l'eau, pas résistance garantie

La différence de fond entre les deux grandes familles de liants tient en deux phrases. La chaux aérienne se combine et durcit lentement avec le dioxyde de carbone présent dans l'air : c'est la carbonatation. La chaux hydraulique naturelle, elle, fait sa prise à l'eau, puis durcit lentement avec le dioxyde de carbone de l'air.

Les conséquences pratiques sont immédiates. Un mortier hydraulique prend même dans une section épaisse, même sur un mur qui reste humide, même quand l'air ne circule pas — un mur enterré, un soubassement, un renformis. Un mortier aérien, non : il a besoin de l'air pour durcir, et il durcit du dehors vers le dedans.

Deuxième conséquence, moins connue : la vitesse de prise n'est pas la vitesse de durcissement. Une chaux hydraulique naturelle prend en quelques heures et continue à gagner en résistance pendant des mois. C'est ce qui permet, sur une façade exposée, de sécuriser une passe avant un épisode de vent sans pour autant obtenir un mortier définitivement rigide.

Troisième conséquence, la plus importante pour un mur ancien : hydraulique n'est pas synonyme d'étanche. Ce sont deux propriétés distinctes, et c'est la seconde — l'imperméabilité opposée à la perspirance — qui pose problème sur une maçonnerie ancienne, pas la première.

Lire l'étiquette : NHL, HL, FL, CEM, MC, CPN

Six sigles couvrent la quasi-totalité des liants utilisables en enduit de façade. Les connaître suffit à lire n'importe quel devis.

  • NHL 2 / NHL 3,5 / NHL 5 — chaux hydraulique naturelle, produite par calcination de calcaires plus ou moins argileux ou siliceux. Ses propriétés hydrauliques résultent exclusivement de la composition chimique de la matière première : rien n'est ajouté. Le chiffre est une classe de résistance en compression.
  • HL 2 / HL 3,5 / HL 5 — chaux hydraulique : un liant constitué de chaux et d'autres matériaux tels que le ciment, le laitier de haut-fourneau, les cendres volantes ou le filler calcaire. Le fabricant n'a pas l'obligation de déclarer la composition.
  • FL 2 / FL 3,5 / FL 5, déclinées A, B ou C — chaux formulée : chaux aérienne et/ou chaux hydraulique naturelle avec ajout de matériaux hydrauliques ou pouzzolaniques. Ici, le fabricant a l'obligation de déclarer la composition.
  • CEM I à CEM V — ciments courants.
  • MC 12,5 et MC 22,5 — ciments à maçonner.
  • CPN — ciment prompt naturel, régi par sa propre norme française.

La distinction HL / FL mérite d'être posée devant un client, parce qu'elle est purement informationnelle : à performance annoncée équivalente, l'une des deux catégories vous dit ce qu'elle contient, l'autre non. Sur un mur ancien, où la question est justement la compatibilité chimique et mécanique avec le hourdage d'origine, cette information n'est pas un détail.

« La chaux hydraulique est un liant constitué de chaux et d'autres matériaux tels que le ciment, le laitier de haut fourneau, les cendres volantes, le filler calcaire et autres matières appropriées. » Pour la chaux hydraulique (HL), le fabricant n'a pas l'obligation de déclarer la composition du produit ; pour la chaux formulée (FL), il l'a.

Source : https://www.capeb.fr/www/capeb/media/guide2012-capeb-bd-bat.pdf

Le ciment prompt naturel, un liant né dans le département

Il existe un liant hydraulique dont l'histoire industrielle s'est écrite ici. Les fiches de conseil de l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine le décrivent ainsi : issu d'une pierre calcaire fortement argileuse extraite, broyée et cuite à Roquefort-la-Bédoule, mais aussi à la Valentine et à Valdonne, près de Saint-Savournin, le ciment naturel prompt, héritier du ciment romain, a accompagné l'essor de la construction à Marseille et dans ses alentours au dix-neuvième siècle. Un catalogue de 1863, celui des Cimenteries de la Méditerranée fondées par Désiré Michel, atteste de sa diffusion.

Trois productions se distinguaient par leur estampille et par leur temps de prise, et ces temps expliquent leurs emplois :

  • Ciment romain de la Valentine, estampillé jaune — prise demi-lente de 15 à 20 minutes ; sa résistance permettait de réduire l'épaisseur des ouvrages.
  • Ciment de la Méditerranée, estampillé rouge — prise demi-lente de 20 à 30 minutes, cuisson à haute température ; il était employé pour les travaux de façade.
  • Ciment romain de Roquefort, estampillé vert — prise très rapide, de 2 à 5 minutes ; il servait à la réalisation de moulages de décors.

Ce n'est pas seulement de l'histoire locale. D'abord parce qu'un nombre important de façades de la fin du dix-neuvième siècle, dans l'agglomération marseillaise, sont enduites à ce liant — et que le tableau professionnel prévoit un cas explicite, « pierre maçonnée au ciment naturel », pour lequel il conseille des NHL 2, 3,5 et 5 et déconseille la chaux aérienne seule. Ensuite parce que le ciment prompt reste employé aujourd'hui, en petite proportion : pour un soubassement, la préconisation professionnelle est un mortier bâtard composé de quatre cinquièmes de chaux hydraulique naturelle et d'un cinquième de ciment prompt naturel, formulation qui conserve les échanges hygrométriques du mur.

« Issu d'une pierre calcaire fortement argileuse extraite, broyée et cuite à Roquefort-la-Bédoule, mais aussi à la Valentine et à Valdonne (près de Saint-Savournin), le “ciment naturel prompt”, héritier du ciment romain, a accompagné le formidable essor de la construction à Marseille et dans ses alentours au XIXe siècle. » — Fiche-conseil « Les façades en enduit au ciment naturel », unité départementale de l'architecture et du patrimoine des Bouches-du-Rhône et CAUE 13.

Source : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Aides-demarches/Demarches-et-conseils-architecture-patrimoine/Fiches-conseil/udap-des-bouches-du-rhone/17-Les-facades-en-enduit-au-ciment-naturel

Où l'hydraulique est le bon choix, et où il ne l'est pas

Les tableaux professionnels de choix du liant se lisent en trois colonnes : conseillé, acceptable, à éviter. Sur les supports où un liant franchement hydraulique s'impose :

  • Béton antérieur à 1948 — conseillé : ciment et ciment à maçonner ; acceptable : HL 5 ou FL 5 ; à éviter : chaux aérienne.
  • Parpaing de mâchefer — conseillé : HL 5 ou FL 5 et NHL 5 ou 3,5 ; à éviter : chaux aérienne. Avec, quel que soit le matériau, l'emploi d'un enduit grillagé galvanisé.
  • Pierre dure de type silex, en soubassement — conseillé : NHL 3,5 et 5 ; à éviter : ciments, ciments à maçonner et chaux aérienne.

Et à l'inverse, sur les supports où l'hydraulicité forte est un mauvais calcul : pierre maçonnée à la terre et pierre maçonnée à la chaux, où ciment et ciment à maçonner sont rangés en « à éviter » et où la préférence va aux NHL 2 et 3,5 ; pierre tendre calcaire en soubassement, où même la NHL 5 n'est que tolérée. Le calcaire tendre est justement la pierre dominante du bâti ancien local, ce qui rend cette ligne du tableau plus utile ici qu'ailleurs.

Un dernier cas mérite une mention particulière : le milieu agressif, agricole ou marin. Pour la couche de finition, la préconisation professionnelle est d'employer des ciments de type CEM III ou CEM V/A à label PM-ES, ou CEM III à label SR. La nuance de ciment change donc en fonction de l'exposition — et non pas seulement le dosage.

Les dosages en liant hydraulique, couche par couche

Sur support neuf, les dosages se donnent en kilogrammes de liant par mètre cube de sable sec, et ils sont dégressifs de la première à la dernière couche.

  • Gobetis sur support Rt 3 : 500 à 600 de CEM II 42,5 ou 32,5 ; ou 250 à 350 de CEM II associés à 150 de chaux hydraulique naturelle.
  • Gobetis sur support Rt 2 : 400 à 500 de CEM II 32,5 ; ou 500 de HL 5 ou NHL 5 ; ou 400 à 500 de ciment à maçonner.
  • Gobetis sur support Rt 1 : 400 de CEM II 32,5 ou de MC 12,5 ; ou 350 à 400 de HL ou NHL 3,5 ou 5.
  • Corps d'enduit, mortier de liant pur : 350 à 450, que ce soit en CEM II, en ciment à maçonner ou en NHL / HL 3,5 ou 5.
  • Finition, mortier de liant pur : 250 à 350 en CEM II ou en ciment à maçonner ; 200 à 400 en application manuelle et 250 à 400 en application mécanique pour les chaux hydrauliques.

Trois principes encadrent ces chiffres et se vérifient sur un devis. Le dosage décroît d'une couche à la suivante. La granulométrie du sable décroît elle aussi, vers la finition. Et l'épaisseur d'une couche ne dépasse pas trois fois le gros grain de son sable. Un mortier trop riche est la cause listée de deux désordres — le faïençage par surdosage en liant, et la micro-fissuration par surdosage ou excès de fines argileuses dans la couche de finition. Enrichir n'est pas renforcer.

Trois vérifications sur un enduit hydraulique : la désignation exacte du liant de chaque couche (NHL 3,5, HL 5, CEM II 32,5, CPN…) ; la dégressivité du dosage du gobetis vers la finition ; la nuance de ciment retenue si le chantier est en milieu marin ou agricole (CEM III ou CEM V/A PM-ES, CEM III SR).

Source : https://www.capeb.fr/www/capeb/media/guide2012-capeb-bd-bat.pdf

Questions fréquentes

NHL, HL, FL : laquelle choisir si le devis ne précise rien ?

Demandez la précision avant de signer. Les trois catégories couvrent des produits très différents : la NHL ne doit son hydraulicité qu'à la chimie de son calcaire d'origine, la HL peut contenir du ciment ou du laitier sans que le fabricant ait à le déclarer, la FL doit déclarer sa composition. Sur un mur ancien, cette information conditionne la compatibilité.

Le ciment prompt naturel s'emploie-t-il encore en façade ?

Oui, mais en appoint et non en liant principal d'un enduit de parement : sa prise est très rapide. La préconisation professionnelle la plus courante en façade le place en soubassement, en mortier bâtard à quatre cinquièmes de chaux hydraulique naturelle pour un cinquième de ciment prompt, ce qui conserve les échanges hygrométriques du mur. Il sert aussi aux scellements et aux moulages de décors.

Un enduit hydraulique est-il forcément étanche ?

Non, et les deux notions ne se recouvrent pas. Hydraulique décrit un mode de prise ; l'imperméabilité se lit sur la caractéristique d'absorption d'eau par capillarité, de W 0 à W 2. Une faible capillarité (W 2) est demandée pour une paroi exposée à la pluie ou pour un enduit descendu jusqu'au sol.

Pourquoi le ciment est-il déconseillé sur une maison ancienne en pierre ?

Les tableaux professionnels le rangent en colonne « à éviter » pour la pierre maçonnée à la terre comme pour la pierre maçonnée à la chaux. La raison tenant est physique : un mortier rigide et peu perméable à la vapeur ne suit pas les mouvements d'une maçonnerie hourdée souple et retient l'humidité dans le mur, ce qui déplace le problème vers la pierre elle-même — d'autant plus vite que cette pierre est un calcaire tendre.

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