Comparateur
Chaux ou ciment : sur quoi se décide vraiment le choix du liant
C'est la question la plus posée avant un chantier de façade, et elle est presque toujours mal posée. « Chaux ou ciment » sous-entend deux produits ; il y en a au moins trois, et le critère de choix n'est pas le liant lui-même mais le mur qui va le recevoir. Voici comment trancher, critère par critère.
Le mot « ciment » recouvre au moins trois matériaux différents
Avant de comparer, il faut nommer. Les fiches-conseil du conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement des Bouches-du-Rhône donnent la nomenclature utile : la chaux est le résultat de la cuisson d'un calcaire entre huit cents et mille degrés ; selon la nature du calcaire cuit, on obtient des chaux calciques — désignées CL70, CL80, CL90 — ou des chaux hydrauliques — NHL2, NHL3, NHL5 selon la teneur en argile — voire des ciments prompts naturels.
Trois familles se dégagent donc, et non deux. La chaux calcique, dite aérienne, fait sa prise au contact de l'air. La chaux hydraulique naturelle contient de l'argile et fait prise avec l'eau ; c'est déjà un liant hydraulique, même si personne ne l'appelle « ciment ». Enfin le ciment industriel courant, cuit plus chaud et broyé plus fin, donne un mortier nettement plus rigide et plus étanche.
Le chiffre qui suit les lettres n'est pas un indice de qualité mais une indication de résistance : une NHL5 est plus résistante et plus rapide qu'une NHL2, ce qui n'en fait pas un choix supérieur — simplement un choix adapté à d'autres situations.
À cette liste s'ajoute un quatrième cas, historique et local : le ciment naturel prompt, matière née dans les collines de l'arrière-pays marseillais et employée massivement au XIXe siècle. Ce n'est pas un ciment industriel moderne, et une modénature moulée dans cette matière ne se répare pas avec un mortier courant. Son histoire est détaillée sur la page consacrée au territoire Marseille Provence.
« La chaux est le résultat de la cuisson d'un calcaire à une température entre 800 °C et 1000 °C. Selon la nature du calcaire cuit, on obtiendra des chaux calciques (CL70, CL80, CL90), ou des chaux hydrauliques (NHL2, NHL3, NHL5, selon la teneur en argile), voire des ciments prompts naturels. » — fiche-conseil « centre ancien » du CAUE des Bouches-du-Rhône consacrée aux façades enduites.
Source : https://www.caue13.fr/fiches-conseilsLe vrai critère n'est pas le nom du liant, c'est le comportement du mur
Deux propriétés séparent les familles, et elles se raisonnent ensemble : la souplesse et le passage de la vapeur d'eau.
Les fiches-conseil décrivent le comportement d'un enduit à la chaux en une phrase : il est suffisamment souple pour accompagner les mouvements du bâti sans créer de fissures, et il laisse passer la vapeur d'eau tout en protégeant de la pluie ; il laisse respirer les maçonneries. Le même document précise que ce n'est pas le cas d'un enduit-ciment, étanche et rigide.
Cette phrase mérite d'être lue comme un raisonnement et non comme un slogan. Un mur ancien, hourdé au mortier de chaux ou à la terre, contient toujours de l'eau : elle entre par la pluie, par le sol, par la vapeur intérieure, et elle doit pouvoir ressortir. Si la seule sortie est fermée par un revêtement étanche, l'eau ne disparaît pas : elle stagne au contact du support, gèle, dissout des sels, et finit par décoller le revêtement par l'arrière.
À l'inverse, une maçonnerie contemporaine de blocs ou de béton est conçue avec d'autres règles, d'autres barrières et d'autres épaisseurs. La question de la perspirance ne s'y pose pas dans les mêmes termes, et un mortier à liant hydraulique y est parfaitement à sa place.
Le critère est donc le mur, pas le produit. Un liant n'est ni bon ni mauvais dans l'absolu : il est compatible ou incompatible avec ce qu'il recouvre.
Fiche-conseil « centre ancien » du CAUE des Bouches-du-Rhône : l'enduit à la chaux « est suffisamment souple pour accompagner les mouvements du bâti sans créer de fissures et il laisse passer la vapeur d'eau tout en protégeant de la pluie. Il laisse respirer les maçonneries. Ce n'est pas le cas de l'enduit-ciment, étanche et rigide. »
Source : https://www.caue13.fr/fiches-conseilsCritère par critère : le tableau de décision
Sept critères suffisent à trancher la quasi-totalité des cas. Chacun se vérifie avant le chantier, et chacun doit apparaître dans la description des travaux.
- Nature de la maçonnerie — moellons, pierre, brique ancienne, terre : la chaux ; blocs de béton, béton banché, maçonnerie récente : un mortier à liant hydraulique convient.
- Mortier de hourdage existant — si les joints du mur sont à la chaux ou à la terre, le revêtement doit rester dans la même logique, sous peine de créer un contraste de rigidité au contact.
- Mouvements et microfissuration — un support qui travaille demande un revêtement capable de suivre ; c'est l'argument le plus fort en faveur de la chaux sur bâti ancien.
- Humidité de bas de mur — la présence de remontées ou de dépôts blanchâtres oriente vers un système perspirant, après traitement de la cause.
- Finition envisagée — un badigeon de chaux, une eau-forte ou une patine supposent un support qui les accepte ; sur un enduit au ciment existant, ce n'est pas le cas.
- Calendrier de pose — le NF DTU 26.1 fixe une borne basse plus haute pour un mortier exclusivement à la chaux que pour un mortier à liant hydraulique : la fenêtre d'application est plus étroite en saison froide.
- Reprise ultérieure — un enduit à la chaux se répare par retouche locale ; un revêtement rigide et étanche se répare rarement autrement qu'en dépose.
Un huitième critère, souvent décisif, ne se lit pas sur le mur mais dans le document d'urbanisme : certaines communes encadrent l'aspect final de l'enduit, ce qui peut restreindre indirectement le choix du système. Cette vérification se fait auprès du service urbanisme avant le devis, pas après.
Le test le plus simple avant toute décision : frapper la façade au maillet, zone par zone. Ce qui sonne creux n'adhère plus et devra partir, quel que soit le liant retenu ensuite. Un revêtement neuf appliqué sur une zone décollée emporte l'ancienne couche en se rétractant. Ce sondage doit figurer dans le devis, avec la surface concernée.
Source : https://www.caue13.fr/fiches-conseilsDans quel cas chacun l'emporte
La chaux l'emporte nettement dans quatre situations : une maçonnerie ancienne de moellons ou de pierre, un mur qui présente des désordres d'humidité en pied, un projet qui prévoit une finition en badigeon ou en eau-forte, et un bâtiment agrandi par étapes dont les maçonneries sont hétérogènes et n'ont pas le même comportement.
Un mortier à liant hydraulique l'emporte dans trois situations tout aussi identifiables : une construction récente en blocs de béton, une reprise sur un support déjà enduit au ciment et sain — la compatibilité prime alors sur le principe — et un chantier contraint par une saison froide, où la borne basse d'application est le facteur limitant.
Il existe enfin un cas mixte, plus fréquent qu'on ne le croit : une chaux hydraulique naturelle offre un compromis entre la souplesse d'une chaux calcique et la prise plus rapide d'un liant hydraulique. C'est souvent la réponse sur un bâti ancien exposé, où l'on veut la perspirance sans la lenteur de prise d'une chaux aérienne.
Ce qui ne se décide jamais sur ce comparateur, en revanche, c'est le cas d'un mur déjà atteint. Si l'enduit existant se pulvérise, cloque ou se détache par plaques, le choix du liant vient après le diagnostic, pas avant.
Et si la façade est déjà enduite au ciment ?
C'est la situation la plus répandue sur le parc bâti de la seconde moitié du XXe siècle, et le verdict de ce comparateur tient en trois phrases. Un enduit à base de ciment sain et adhérent n'a pas à être déposé par principe : ce qui commande est son état, pas sa nature. S'il s'agit seulement de changer la couleur, les fiches-conseil du département orientent, sur un support ciment existant, vers un produit de finition à liant minéral. Et s'il est fissuré, décollé ou pulvérulent, la question n'est plus « chaux ou ciment ».
Elle devient « reprise partielle ou réfection complète », et c'est un arbitrage à part entière, qui se pose avant le choix du liant. Les tests qui le tranchent — sondage, adhérence, proportion de surface atteinte, traitement antérieur éventuel — sont détaillés sur les pages consacrées au support déjà enduit au ciment et à la reprise d'enduit.
« Sur un support ciment existant, prévoyez une peinture à liant minéral, plus compatible avec ce matériau. » — fiche-conseil du CAUE des Bouches-du-Rhône consacrée aux finitions d'enduit. Les conditions d'emploi des laits de chaux, qui commandent l'arbitrage entre reprise et réfection, sont détaillées sur la page consacrée à la reprise d'enduit.
Source : https://www.caue13.fr/fiches-conseilsQuestions fréquentes
Une chaux hydraulique, est-ce déjà du ciment ?
Non, mais c'est bien un liant hydraulique : il fait prise avec l'eau, grâce à l'argile contenue dans le calcaire cuit. Les fiches-conseil du CAUE des Bouches-du-Rhône distinguent les chaux calciques (CL70, CL80, CL90) des chaux hydrauliques (NHL2, NHL3, NHL5) et des ciments prompts naturels. Ce sont trois familles distinctes.
Que signifient les chiffres NHL2, NHL3,5 et NHL5 ?
Ils indiquent une classe de résistance liée à la teneur en argile du calcaire d'origine, pas un niveau de qualité. Une chaux plus résistante n'est pas un meilleur choix : elle est adaptée à d'autres supports et à d'autres expositions.
Peut-on poser un enduit à la chaux sur un mur déjà enduit au ciment ?
La question se pose d'abord en termes d'état : si l'enduit existant est sain et adhérent, il n'a pas à être déposé par principe. Pour un simple changement de couleur sur un support ciment, les fiches-conseil du CAUE orientent vers une peinture à liant minéral plutôt que vers un badigeon de chaux.
Pourquoi dit-on qu'un mur ancien doit respirer ?
Parce qu'il contient de l'eau en permanence — pluie, sol, vapeur — et qu'elle doit pouvoir ressortir. Un revêtement étanche ne la supprime pas : il la retient au contact du support, ce qui provoque à terme décollement et dégradation de la maçonnerie.
La chaux se pose-t-elle toute l'année ?
Non. Le NF DTU 26.1 fixe une borne basse de température plus haute pour un mortier exclusivement à la chaux que pour un mortier à liant hydraulique, et exclut la pose lorsque pluie, vent fort ou gel sont annoncés pour les deux jours suivants. La fenêtre est donc plus étroite en saison froide.
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