Matière
L'enduit monocouche, classe par classe
Le monocouche est le mortier industriel qui a équipé le parc pavillonnaire et collectif construit depuis les années 1960. Son choix ne relève pas du goût : il se déduit de la résistance du support, et les épaisseurs qu'il impose sont écrites.
Un mortier industriel, deux passes, un nom trompeur
Le monocouche est un mortier d'enduit industriel désigné OC, pour one coat, dans la norme des mortiers d'enduits minéraux extérieurs et intérieurs. Il remplit à lui seul les fonctions que l'enduit traditionnel répartit sur trois couches : accrochage, dressement, imperméabilisation et aspect.
Le nom est trompeur sur un point : la mise en œuvre courante se fait en deux passes frais sur frais, avec un temps d'affermissement entre elles — les applicateurs disent que l'enduit a « tiré ». La monocouche désigne donc un système, pas un geste unique.
Ces produits sont entrés dans le champ du NF DTU 26.1 lors de la révision homologuée le 12 mars 2008 et publiée au Journal officiel le 29 mars suivant. Ils portent, en plus de leur classe OC, des caractéristiques déclarées : la résistance en compression (CS I à CS IV), l'absorption d'eau par capillarité (W 0 à W 2) et, le cas échéant, la conductivité (T1, T2), auxquelles s'ajoute la rétention d'eau.
Un rappel utile avant de comparer deux produits : le marquage CE d'un mortier est un droit de circuler en Europe, ce n'est pas une marque de qualité, et le marquage informatif ne couvre pas toutes les caractéristiques d'aptitude à l'emploi. Ce sont les caractéristiques déclarées — OC, CS, W — qui se comparent, pas le logo.
Désignations de la norme NF EN 998-1 : GP mortier d'usage courant, LW mortier allégé, CR mortier d'enduit de parement, OC mortier d'enduit monocouche, R mortier d'assainissement, T mortier de conductivité thermique. Caractéristiques déclarées : CS I à CS IV (résistance en compression), W 0 à W 2 (absorption d'eau par capillarité).
Source : https://www.boutique.afnor.org/en-gb/standard/nf-en-9981/specification-for-mortar-for-masonry-part-1-rendering-and-plastering-mortar/fa175452/58317OC1, OC2, OC3 : c'est le support qui décide, pas le chantier
Les trois classes OC qualifient la compatibilité du mortier avec le support. En face, les supports sont classés par leur résistance à la traction, mesurée en mégapascals :
- Rt 1 — résistance réduite, de 0,4 à moins de 0,6 MPa : blocs de béton cellulaire.
- Rt 2 — résistance moyenne, de 0,6 à 0,8 MPa : blocs de béton de granulats légers.
- Rt 3 — résistance élevée, au-delà de 0,8 MPa : blocs de béton de granulats courants, briques de terre cuite.
La logique de correspondance est constante : plus le support est faible, moins l'enduit doit le solliciter. Un support Rt 3 admet les trois classes, OC3, OC2 et OC1. Un support Rt 2 n'admet que OC2 et OC1. Pour les supports Rt 1, les tableaux publiés ne sont pas rigoureusement identiques d'une source professionnelle à l'autre — c'est une raison de plus de faire trancher le point par la fiche technique du produit et par les préconisations du fabricant du bloc, qui priment sur toute règle générale, notamment pour les blocs de béton de granulats légers.
Cas particulier fréquent dans le département, la brique creuse : la préconisation professionnelle est d'employer un OC2 ou un OC1, ces types d'enduits sollicitant moins le support et offrant une plus grande souplesse ; l'arrosage du support se fait moins d'une demi-heure avant l'application ou à l'avancement, et la réalisation se fait en deux passes frais sur frais.
Enfin, la maçonnerie hétérogène — joints très épais, matériaux différents, poteaux ou linteaux béton dans le nu du mur — ne se traite pas comme un mur homogène : il faut soit une première passe de mortier monocouche adjuvantée au moyen du latex préconisé par le fabricant, soit un gobetis d'accrochage façon mouchetis fin réalisé avec un mortier spécifique, en attendant alors deux à sept jours avant la couche suivante. Et une interdiction nette : un gobetis ne peut pas être réalisé avec le mortier d'enduit monocouche.
Les épaisseurs sont exigibles, et elles se vérifient
C'est la partie du devis que personne ne lit et qui décide de la durée de vie de la façade. Sur travaux neufs, les épaisseurs totales publiées pour un monocouche sont :
- Éléments de maçonnerie (blocs béton, briques, béton cellulaire) : 12 à 15 mm sur maçonnerie soignée, 15 à 18 mm sur maçonnerie courante.
- Béton banché : 7 à 10 mm sur banché soigné, 10 à 15 mm sur banché courant.
- Épaisseur minimale : 10 mm au point le plus saillant du support sur maçonnerie, 5 mm au point le plus saillant sur béton banché.
- Épaisseur maximale : 25 mm, ramenée à 20 mm sur support Rt 1, et 15 mm sur béton banché.
Deux règles de passe complètent le tableau : la première passe ne sera pas inférieure à 7 mm, portée à 10 mm pour une finition projetée rustique ; et sur une maçonnerie soignée et homogène traitée en une seule passe grattée, l'épaisseur appliquée de 12 à 15 mm doit laisser un recouvrement d'au moins 10 mm en tout point après grattage. C'est ce « après grattage » qui fait la différence entre un enduit conforme et un enduit qui laisse apparaître les joints du support — un désordre qui porte un nom, le spectre, et dont la cause listée est précisément le manque d'épaisseur.
La distinction entre maçonnerie soignée et courante n'est pas subjective : elle repose sur des tolérances de planéité mesurables, 10 mm sous la règle de 2 m et 7 mm sous le réglet de 20 cm pour une maçonnerie soignée, contre 15 mm et 10 mm pour une maçonnerie courante.
Ce que le devis doit indiquer sur un monocouche : la classe OC du mortier, la classe Rt du support, l'épaisseur totale visée, l'épaisseur minimale garantie au point le plus saillant du support, le nombre de passes, et le traitement des points singuliers (angles, arrêts, jonctions de matériaux, tranches supérieures).
Source : https://www.capeb.fr/www/capeb/media/guide2012-capeb-bd-bat.pdfCe que le monocouche ne sait pas faire
Il ne descend pas en partie enterrée. Les monocouches semi-allégés sont généralement de caractéristique CS II, et ne peuvent pas être appliqués en partie enterrée. En soubassement, la préconisation est d'utiliser un enduit d'imperméabilisation spécifiquement destiné à cet usage, de classification CS III minimum et W 2. La partie de rejaillissement — les 15 cm minimum au-dessus du sol fini, jusqu'à la coupure de capillarité — reçoit de préférence une finition talochée fin, pour en faciliter le nettoyage.
Il n'est pas un enduit de bâti ancien. Les fiches de conseil départementales sont sans ambiguïté : une démarche durable consiste à ne pas remplacer les enduits anciens à la chaux par des enduits prêts à l'emploi, qui sont inadaptés au bâti ancien. Sur un moellon calcaire hourdé à la chaux, la question n'est donc pas de savoir quel monocouche choisir, mais de ne pas en choisir.
Il ne rattrape pas un support hors tolérance. Les balèvres doivent être abattues, les désaffleurements corrigés, les joints arasés, les trous bouchés, les huiles de décoffrage et les efflorescences nettoyées — et tous les scellements d'éléments de façade, gonds, garde-corps, support de store, doivent être réalisés avant l'enduit. Ce sont des travaux préparatoires : ils se chiffrent et se valident, ils ne se découvrent pas en cours de chantier.
Le vent et la chaleur, contraintes majeures de la pose
Le monocouche est le mortier le plus sensible à la conduite de chantier, parce que tout se joue en une seule journée sur un même pan de mur. Trois désordres du tableau professionnel le concernent directement, et leurs causes sont climatiques.
- Le nuançage — des différences de couleur ou d'aspect d'un pan de mur à l'autre — est imputé à une irrégularité du mélange ou du geste, et se combat par une discipline stricte sur la quantité d'eau et sur la température au moment d'appliquer. Les teintes soutenues y sont plus sujettes que les teintes claires.
- Le farinage — surface pulvérulente et non adhérente — survient quand l'eau part avant que le mortier ait pris. La parade tient en deux interdits de chantier : le plein soleil et le vent.
- Le faïençage — microfissures en mailles fermées — est attribué à un retrait de surface trop marqué ou trop rapide, à un excès de liant, ou à une dessiccation accélérée.
Dans un département balayé par un vent sec dont les épisodes se comptent en journées plutôt qu'en heures, ces trois causes se cumulent. La parade est une organisation de journée, pas un produit : mouiller le support un peu avant d'enduire et laisser la pellicule d'eau s'évaporer, démarrer au petit matin sur les pans encore à l'ombre puis suivre la course du soleil, tendre un filet devant l'ouvrage, et renoncer à engager un pan de mur qu'on ne pourra pas terminer dans la fenêtre disponible.
Cette contrainte est maximale sur la moitié ouest du département — la plaine de la Crau et les rives de l'étang de Berre — où le vent est le plus fort et où le parc en blocs béton des extensions des années 1960 à 1980 est aussi le plus dense. C'est précisément là que la reprise de monocouche est le sujet dominant, et non la chaux.
« Le mistral est un vent [...] turbulent et généralement sec. » Vitesse moyenne de 50 km/h, rafales de 80 à 100 km/h et parfois davantage ; épisodes pouvant durer plusieurs jours voire plus d'une semaine ; plus fort en hiver et au printemps. — Météo-France.
Source : https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/comprendre-la-meteo/le-mistral-vent-regionalQuestions fréquentes
Peut-on refaire un monocouche par-dessus un monocouche existant ?
Seulement si l'existant est parfaitement adhérent, ce qui se vérifie en sondant le mur : un enduit qui sonne creux ou qui tombe par plaques n'est pas un support. Le décollement a pour causes listées une mauvaise adhérence ou un support altéré, et pour préconisation une préparation soignée avec dépoussiérage et humidification, ou l'application d'un primaire d'accrochage.
Quelle classe de monocouche sur des blocs de béton courants ?
Les blocs de béton de granulats courants sont classés Rt 3, c'est-à-dire le support le plus résistant, qui admet les trois classes OC1, OC2 et OC3. Le choix se fait alors sur les autres caractéristiques : une faible capillarité (W 2) est demandée pour une paroi exposée à la pluie ou pour un enduit descendu jusqu'au sol, et une résistance CS III ou CS IV pour une paroi exposée aux chocs.
Pourquoi mon monocouche laisse-t-il voir les joints du support ?
Ce désordre s'appelle le spectre. Ses causes listées sont le manque d'épaisseur de l'enduit et la qualité du remplissage des joints de maçonnerie ; la préconisation est une bonne préparation du support et le respect du nombre de couches et de leurs épaisseurs. C'est l'argument le plus concret en faveur d'une épaisseur minimale écrite au devis.
Le monocouche convient-il en bord de mer ?
Le milieu marin est traité comme un milieu agressif : pour la finition, la préconisation professionnelle est d'employer des ciments de type CEM III ou CEM V/A à label PM-ES, ou CEM III à label SR. Le choix de la classe W et la protection des tranches supérieures de l'enduit y comptent davantage qu'ailleurs.
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