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Enduire un mur en pierre et en moellon : ce que le support commande

Un mur ancien ne se lit pas comme un mur neuf. Avant de parler de mortier, il faut savoir de quelle maçonnerie il s'agit, si elle était faite pour être enduite, ce qu'elle contient d'eau et de sels, et dans quel état sont ses joints. Cette page décrit ce diagnostic dans l'ordre où il se fait.

Première distinction : moellon enduit ou pierre de taille apparente

C'est le point de départ, et l'erreur la plus fréquente commence ici. Une maçonnerie de moellons — pierres non taillées, assemblées avec un mortier abondant — a été conçue pour recevoir une couche de protection. Une maçonnerie en pierre de taille appareillée — blocs dressés et ajustés — a été conçue pour rester visible.

Les documents de conseil publiés pour le département sont explicites sur le sujet, et prennent le contrepied d'une pratique très répandue : la tendance récente au décroûtage des façades en moellons de pierre enduits présente une image faussement rustique du bâti ancien et peut fragiliser ses murs, dont la structure est traditionnellement conçue pour recevoir une couche de protection. La même source précise que seule la pierre de taille appareillée est destinée à être exposée en façade telle quelle.

Une seconde règle, constante et absolue, en découle : on ne peint ni n'enduit les encadrements en pierre de taille. Un encadrement de baie, un chaînage d'angle, un soubassement en pierre dure font partie de l'architecture du bâtiment ; les recouvrir efface la modénature et enferme la pierre.

Le diagnostic pratique est simple à mener : regarder si les pierres visibles sont dressées et ajustées ou irrégulières et noyées de mortier ; regarder si les joints sont larges ou fins ; et chercher, sous les fragments d'enduit encore en place, la trace de l'enduit d'origine.

« La tendance récente au décroûtage des façades en moellons de pierre enduits présente une image faussement rustique du bâti ancien, et peut fragiliser ses murs dont la structure est traditionnellement conçue pour recevoir une couche de protection. […] Seule la pierre de taille appareillée est destinée à être exposée en façade telle quelle. » Fiche-conseil 03 « Les façades en pierre de taille ».

Source : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Aides-demarches/Demarches-et-conseils-architecture-patrimoine/Fiches-conseil/udap-des-bouches-du-rhone/les-facades-en-pierre-de-taille

Ce que le référentiel courant ne couvre pas

Le référentiel technique qui encadre les travaux d'enduits de mortier vise bien les maçonneries anciennes en pierres et en briques de terre cuite. Mais il comporte une exclusion que peu de propriétaires connaissent et qui change la nature de la discussion : son domaine d'application ne couvre ni les monuments historiques, ni les édifices implantés dans les sites faisant l'objet d'une protection patrimoniale.

Autrement dit, sur une partie du bâti ancien, la référence utilisable n'est pas la règle générale de mise en œuvre, mais les prescriptions propres au bâtiment et au secteur concernés. C'est précisément pour cela que des fiches-conseil spécifiques ont été publiées pour le département, et qu'elles décrivent des gestes que la règle générale ne décrit pas.

Pour un propriétaire, la conséquence est pratique : si votre bâtiment est concerné par une protection, la première démarche n'est pas de choisir un mortier, c'est de savoir quelles prescriptions s'appliquent au bâtiment. Cela se vérifie auprès de la mairie et du document d'urbanisme applicable.

Sur tout le reste du bâti ancien — la très grande majorité des maisons de village et des mas — la règle générale s'applique, et elle prescrit notamment que les enduits ne soient mis en œuvre que sur des maçonneries finalisées, ce qui vaut aussi pour les reprises de maçonnerie effectuées avant travaux.

Le domaine d'application du référentiel des travaux d'enduits de mortier vise les maçonneries neuves et anciennes en pierres et briques de terre cuite, mais exclut « monuments historiques, ni les édifices implantés dans les sites faisant l'objet d'une protection patrimoniale ». Désignation normative : NF DTU 26.1.

Source : https://www.batirama.com/article/10907-nf-dtu-26.1-travaux-d-enduits-de-mortier.html

Préparation : décroûter, reprendre les joints, et dans cet ordre

La séquence décrite par les documents de conseil du département est courte et ne souffre pas d'inversion. L'enduit à la chaux est appliqué manuellement en trois couches successives, après décroûtage complet et reprise des joints des moellons.

Le décroûtage complet signifie que l'on ne conserve pas de fragments de l'ancien revêtement, même s'ils paraissent adhérents. Un enduit neuf posé sur des reliquats d'ancien enduit hérite de leurs défauts : différentiel d'absorption, ruptures d'épaisseur, et à terme un faïençage ou un décollement calqués sur le tracé des zones conservées.

La reprise des joints vient ensuite, et pas avant : elle se fait sur une maçonnerie mise à nu, joint par joint, en éliminant les mortiers désagrégés et en garnissant à refus. Un joint creux laissé en place crée un vide derrière l'enduit, donc un point où celui-ci n'est pas soutenu.

La question du liant se pose alors, et elle n'est pas indifférente. Les documents de conseil du département rappellent que la chaux est suffisamment souple pour accompagner les mouvements du bâti sans créer de fissures et qu'elle laisse passer la vapeur d'eau tout en protégeant de la pluie, ce qui n'est pas le cas d'un enduit à base de ciment, étanche et rigide. Le choix du liant sur mur ancien fait l'objet d'une page dédiée.

Enfin, avant l'exécution, la recommandation constante est de faire réaliser des échantillons d'enduit pour valider la finition et la couleur. Sur un mur en moellons, où l'épaisseur varie, un échantillon est aussi le seul moyen de vérifier le comportement réel du mortier sur ce support précis.

Ordre des opérations sur un mur en moellons : sondage et repérage des zones creuses ; décroûtage complet ; élimination des mortiers de joint désagrégés ; garnissage des joints ; dépoussiérage ; humidification maîtrisée du support ; gobetis d'accrochage ; corps d'enduit ; finition. Aucune étape ne se saute, et l'échantillon se réalise avant le lancement du pan complet.

Source : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Aides-demarches/Demarches-et-conseils-architecture-patrimoine/Fiches-conseil/udap-des-bouches-du-rhone/les-facades-enduites

Humidité, sels et soubassements : le point qui décide de tout

Sur un mur ancien, la question de l'eau précède toutes les autres. Un enduit posé sur une maçonnerie qui reçoit de l'humidité par capillarité ne dure pas : l'eau ressort, dépose des sels en surface et décolle le revêtement, quel que soit le soin apporté à la pose.

Les documents de conseil du département donnent une consigne précise et une méthode. La consigne : dans le cas d'un rez-de-chaussée en moellons enduits, ne pas utiliser d'enduit à base de ciment, car l'eau et les sels solubles gagneront alors les étages supérieurs. La méthode : une fois traitées les éventuelles remontées d'humidité par capillarité dans les murs, les dépôts blanchâtres de salpêtre peuvent être retirés au moyen de compresses d'argile et de cellulose.

L'ordre est ici l'essentiel de l'information : on traite la cause, puis on retire les dépôts, puis seulement on enduit. Inverser revient à enfermer le problème derrière une couche neuve, qui se dégradera au même endroit.

Une mise en garde complémentaire figure dans la même source, et elle contredit un réflexe courant : il convient d'éviter les produits hydrofuges organiques, issus de produits pétroliers, qui empêchent la pierre de perspirer. Rendre étanche un mur qui contient de l'eau n'arrête pas l'eau, il déplace le point où elle ressortira.

Un dernier repère utile en bord de mer : le référentiel béton classe la sévérité du milieu selon la proximité de la côte — un élément situé à moins d'un kilomètre du rivage et exposé à l'air salin, à moins de cent mètres en zone de marnage ou exposé aux embruns. Ces classes ne portent pas sur les enduits et ne doivent pas être présentées comme telles, mais elles donnent une échelle de sévérité utile pour situer un mur exposé.

« Dans le cas d'un rez-de-chaussée en moellons enduits, ne pas utiliser d'enduit-ciment, car l'eau et les sels solubles gagneront alors les étages supérieurs. Une fois traitées les éventuelles remontées d'humidité par capillarité dans les murs, les dépôts blanchâtres de salpêtre peuvent être retirés au moyen de compresses d'argile et de cellulose. » Fiche-conseil 03.

Source : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Aides-demarches/Demarches-et-conseils-architecture-patrimoine/Fiches-conseil/udap-des-bouches-du-rhone/les-facades-en-pierre-de-taille

Les cinq erreurs qui reviennent le plus souvent

Décroûter partiellement. Conserver les zones qui « tiennent encore » revient à construire un enduit neuf sur deux supports différents. Le différentiel d'absorption se lit ensuite en surface, en taches puis en microfissures.

Rejointoyer avec un mortier plus rigide que la pierre. Un joint plus dur que le moellon reporte les contraintes sur la pierre, qui s'épaufre. Sur un mur ancien, le joint doit rester le point faible, pas l'inverse.

Laisser les encadrements recouverts. Outre l'effacement de la modénature, un encadrement en pierre enduit ou peint ne peut plus évacuer l'humidité qu'il reçoit. La règle rappelée par les documents de conseil est de ne jamais peindre ni enduire les encadrements en pierre de taille.

Enduire un mur qui n'a pas été asséché. C'est la première cause de reprise à court terme. Une tache d'humidité permanente, une efflorescence blanche récurrente ou un mortier de joint pulvérulent en partie basse doivent faire suspendre le projet le temps d'un diagnostic.

Décaper au jet à haute pression. Sur une maçonnerie ancienne, l'eau sous pression chasse les mortiers de joint, sature le mur et attaque la surface de la pierre. Les techniques adaptées et celles à écarter sont détaillées sur la page consacrée à la préparation du support.

Quatre signaux qui imposent un diagnostic avant tout devis : un enduit qui sonne creux sur plus d'une zone ; des dépôts blanchâtres qui réapparaissent après nettoyage ; un mortier de joint qui s'effrite sous l'ongle en partie basse ; une tache sombre permanente au pied du mur, y compris en période sèche.

Source : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Aides-demarches/Demarches-et-conseils-architecture-patrimoine/Fiches-conseil/udap-des-bouches-du-rhone/les-facades-en-pierre-de-taille

Questions fréquentes

Mon mur est en pierre : dois-je le laisser apparent ou l'enduire ?

<p>Cela dépend de la nature de la maçonnerie. Une maçonnerie de moellons a été conçue pour être protégée par un enduit ; la mettre à nu présente une image faussement rustique du bâti ancien et peut fragiliser le mur, selon les documents de conseil publiés pour le département. Seule la pierre de taille appareillée est destinée à rester visible telle quelle.</p>

Faut-il décroûter entièrement ou seulement les parties abîmées ?

<p>La séquence décrite pour un enduit à la chaux sur moellons prévoit un décroûtage complet suivi de la reprise des joints, avant application manuelle en trois couches. Un décroûtage partiel laisse coexister deux supports d'absorption différente sous une même couche neuve, ce qui produit à terme des taches, un faïençage ou un décollement calqués sur le tracé des zones conservées.</p>

Des dépôts blancs reviennent au pied du mur après chaque nettoyage : que faire ?

<p>Ce sont des sels remontés par capillarité. L'ordre est imposé : traiter d'abord les remontées d'humidité, puis retirer les dépôts, par exemple au moyen de compresses d'argile et de cellulose, et seulement ensuite envisager un enduit. Un revêtement posé avant traitement de la cause se dégradera au même endroit.</p>

Peut-on hydrofuger un mur ancien en pierre ?

<p>Les documents de conseil du département mettent en garde contre les produits hydrofuges organiques, issus de produits pétroliers, qui empêchent la pierre de perspirer. Sur un mur qui contient de l'eau, rendre la surface étanche ne supprime pas l'humidité : cela déplace le point où elle ressortira, souvent plus haut sur la façade.</p>

Mon bâtiment est dans un secteur protégé : la règle générale s'applique-t-elle ?

<p>Non, pas telle quelle. Le domaine d'application du référentiel des travaux d'enduits de mortier exclut les monuments historiques et les édifices implantés dans les sites faisant l'objet d'une protection patrimoniale. Dans ce cas, la première démarche consiste à savoir quelles prescriptions s'appliquent au bâtiment, auprès de la mairie et du document d'urbanisme applicable.</p>

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