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Référence

Les pierres locales du département, et la couleur qu'elles commandent

Une couleur d'enduit qui paraît juste dans un village et fausse dans le suivant ne relève pas du goût : elle relève de la géologie. Les façades anciennes des Bouches-du-Rhône tirent leur teinte du calcaire extrait à proximité et du sable qui entrait dans le mortier. Cette page recense les pierres à bâtir du département, ce qu'elles ont coloré, et comment s'en servir pour arrêter une teinte.

Pourquoi la pierre commande la couleur d'un enduit

Deux mécanismes, indépendants l'un de l'autre, font que la pierre locale décide de la teinte.

Le premier est physique. Le sable et les agrégats du mortier venaient des mêmes formations que la pierre à bâtir. La teinte de l'enduit était donc celle de la roche broyée du lieu, le plus souvent un beige-ocre ou un beige-brun. Ce n'était pas un choix : c'était une conséquence.

Le second est réglementaire, et il vaut encore aujourd'hui. Dans les secteurs patrimoniaux du territoire Marseille Provence, le règlement d'urbanisme rattache expressément la couleur admise à celle de la pierre déjà présente sur le mur. Sur un immeuble dont les chaînes d'angle, les encadrements ou le pied de mur sont en pierre apparente, la teinte n'est donc pas un choix ouvert : elle est donnée par le calcaire en place.

D'où une méthode qui vaut dans tout le département, y compris là où aucun texte ne l'impose : chercher d'abord la pierre visible sur ou près du bâtiment — un soubassement, un encadrement, un mur de clôture, un seuil — et partir de sa couleur. C'est le point de départ le plus solide d'une conversation sur la teinte, et le plus difficile à contester.

Dans les secteurs patrimoniaux du territoire Marseille Provence, le règlement d'urbanisme impose que la couleur d'un enduit posé en accompagnement d'une façade en pierre se rapproche autant que possible de celle de la pierre existante, et que les immeubles isolés ou d'angle reçoivent la même couleur sur toutes leurs façades. Le texte est cité mot pour mot sur notre page consacrée à ce territoire.

Source : https://plui.ampmetropole.fr/assets/documents/PLUi_CT1_L_Reglement.pdf

Le littoral : La Couronne et Cassis, des calcaires clairs et durs

Les fiches-conseil publiées par les services départementaux de l'architecture et du patrimoine l'énoncent en une phrase : Marseille tire ses teintes de la pierre calcaire de La Couronne et de Cassis.

La pierre de Cassis, plutôt claire, a été très employée dans les rues marseillaises pour son extrême résistance, en particulier en pied de façade et en bordure de trottoir — c'est-à-dire aux endroits les plus sollicités. La pierre de La Couronne, extraite sur la commune de Martigues, a servi à bâtir de nombreux immeubles marseillais.

Ce qu'il faut en retenir pour un projet : sur la façade maritime du département, la référence est un calcaire clair et plutôt froid. Une teinte ocre soutenue, parfaitement juste dans le nord du département, y paraîtra rapportée. C'est l'une des raisons pour lesquelles une référence de catalogue transposée d'un territoire à l'autre déçoit une fois posée.

« Les pierres de La Couronne (Martigues) et de Calissanne (La Fare-les-Oliviers) ont servi à bâtir de nombreux immeubles à Marseille. » — fiche-conseil « Les façades en pierre de taille », services départementaux de l'architecture et du patrimoine des Bouches-du-Rhône.

Source : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Aides-demarches/Demarches-et-conseils-architecture-patrimoine/Fiches-conseil/udap-des-bouches-du-rhone/les-facades-en-pierre-de-taille

Le nord : Bibémus et Rognes, deux calcaires chauds

Il existe une raison géologique au fait qu'une teinte grise achetée sur catalogue paraisse étrangère sur une façade aixoise. Les mêmes fiches-conseil l'écrivent sans détour : la pierre de Bibémus, de couleur ocre-jaune lumineux, et celle de Rognes colorent les rues du pays d'Aix-en-Provence.

Les fiches racontent aussi la succession. La pierre de Bibémus a fourni les grands chantiers aixois des dix-septième et dix-huitième siècles ; elle a ensuite été supplantée par la pierre de Rognes, jaune doré, dont l'extraction était plus commode.

Deux calcaires chauds, donc, et non un calcaire froid comme sur le littoral. La conséquence pratique est directe : le nord du département accepte des teintes plus dorées que la côte, et c'est aussi le secteur où les carnets de couleurs communaux sont les plus nombreux — les deux faits vont ensemble.

L'ouest : Fontvieille, les Baux et le calcaire blanc des Alpilles

À l'ouest, la référence change encore, et elle est la plus contrastée du département. Les fiches-conseil sont explicites : c'est la pierre de Fontvieille, de couleur blanche, qui donne l'identité colorée d'Arles et de ses environs, et les pierres blanches de Fontvieille ou des Baux-de-Provence ont servi à bâtir le secteur.

La même série de fiches précise ce qu'il en reste aujourd'hui : « Aujourd'hui, dans les Bouches-du-Rhône, il n'existe plus que trois sites principaux d'extraction de pierres de taille : Fontvieille, la Ciotat et les Baux-de-Provence. » Deux d'entre eux sont ici. La teinte de référence s'y lit donc encore sur une carrière en activité, et non sur un seul document — ce qui, pour arrêter une couleur, vaut tous les nuanciers.

Un cas fait exception à quelques kilomètres de là, et il est instructif. En Camargue, la pierre durable a dû être importée par voie navigable et reste historiquement limitée aux mas, aux ouvrages défensifs ou religieux : faute de pierre et de bois d'œuvre sur place, les habitants ont bâti en terre. Ici, la référence chromatique n'est donc pas un calcaire du lieu : elle se cherche dans le document d'urbanisme de la commune et sur les enduits anciens qui subsistent.

Parc naturel régional de Camargue, patrimoine bâti : faute de pierre et de bois d'œuvre, les habitants ont utilisé « la terre pour les murs, les petits troncs pour la charpente et la sagne — chaume de roseau — pour la couverture » ; la pierre durable « a dû être importée par voie navigable » et reste « historiquement limitée aux mas, aux ouvrages défensifs ou religieux ».

Source : https://www.parc-camargue.fr/patrimoine-bati.html

La plaine : Calissanne, et le sable comme second matériau

La plaine centrale du département n'est pas seulement agricole : c'est un territoire de carrières. Les fiches-conseil signalent que la pierre de Calissanne, extraite à La Fare-les-Oliviers, a fourni la matière de nombreux immeubles marseillais. Un calcaire de plaine a donc contribué à la couleur d'une ville située à cinquante kilomètres de là.

Ce déplacement de la matière a une conséquence utile : la couleur d'un centre ancien n'est pas toujours celle de la roche qui affleure sous ses pieds. Sur les territoires sans carnet chromatique publié, la méthode reste néanmoins la même — relever la pierre effectivement présente sur le bâtiment, et non celle qu'on suppose.

Le second matériau chromatique est le sable. Selon sa provenance, de rivière ou de carrière, sa granulométrie et sa teinte varient, et avec elles l'aspect final de la surface. Sur une plaine alluviale, cette référence reste lisible sur les enduits anciens qui subsistent : ce sont les meilleurs échantillons disponibles, et ils sont gratuits.

Comment s'en servir pour arrêter une teinte

La méthode tient en quatre gestes, et elle précède l'ouverture de tout nuancier.

  • Relever la pierre présente sur le bâtiment ou à proximité immédiate — soubassement, chaîne d'angle, encadrement, seuil, mur de clôture — et la photographier à la lumière du jour.
  • Chercher les enduits anciens subsistants dans la rue ou sur les dépendances : ils donnent la teinte obtenue avec le sable local, ce qu'aucun catalogue ne restitue.
  • Vérifier ce que dit le document d'urbanisme de la zone, et si un carnet de couleurs communal existe.
  • Faire poser des échantillons sur le mur lui-même, et les juger à plusieurs heures de la journée.

Un dernier avertissement, qui évite une erreur fréquente sur le bâti ancien : la pierre visible ne doit pas pour autant être dégagée. Un mur de moellons est conçu pour recevoir une couche de protection, seule la pierre de taille appareillée étant destinée à rester exposée en façade. La pierre sert ici de référence de couleur, pas de parti d'aspect.

Questions fréquentes

Pourquoi une teinte choisie sur catalogue paraît-elle fausse une fois posée ?

Parce qu'elle ne vient pas du même sol. Les façades anciennes tirent leur couleur du calcaire local et du sable qui entrait dans le mortier : clair et plutôt froid sur le littoral, ocre-jaune au nord, blanc à l'ouest. Une référence transposée d'un territoire à l'autre entre en concurrence avec la pierre déjà présente sur le bâtiment.

Quelle pierre a bâti Marseille ?

Les fiches-conseil départementales citent la pierre calcaire de La Couronne, extraite à Martigues, et celle de Cassis, plutôt claire et très résistante, employée en pied de façade et en bordure de trottoir. La pierre de Calissanne, extraite à La Fare-les-Oliviers, a également fourni la matière de nombreux immeubles marseillais.

La couleur de la pierre est-elle opposable ?

Dans les secteurs patrimoniaux du territoire Marseille Provence, oui : le règlement rattache la couleur admise à celle de la pierre existante. Ailleurs, c'est le document d'urbanisme de la commune qui décide — mais partir de la pierre en place reste, partout, la meilleure façon d'obtenir un accord sans discussion.

Peut-on dégager la pierre plutôt que de refaire un enduit ?

Un mur de moellons est conçu pour recevoir une couche de protection : seule la pierre de taille appareillée est destinée à rester exposée en façade. Plusieurs règlements du département écartent expressément la mise à nu des moellons enduits et leur rejointoiement. La pierre sert de référence de couleur, pas de parti d'aspect.

Où trouver un échantillon fiable de la teinte traditionnelle locale ?

Sur les enduits anciens qui subsistent dans la rue, sur une dépendance ou sur un mur de clôture : ils montrent la couleur obtenue avec le sable local, ce qu'aucun nuancier ne restitue. Photographiés à la lumière du jour, ils constituent la meilleure pièce à joindre à une demande de devis comme à un dossier déposé en mairie.

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