Matière
L'enduit décoratif : grain, couleur, relief
Un enduit décoratif n'est pas un produit à part : c'est la combinaison d'un grain de finition, d'une couleur et d'un relief. Ces trois leviers se décident avant la commande du mortier, pas après — et deux d'entre eux sont encadrés localement.
Le décor tient à trois leviers, pas à un produit
Dans la nomenclature des mortiers d'enduits, la catégorie décorative existe : les mortiers d'enduit de parement, désignés CR, y figurent aux côtés des mortiers d'usage courant (GP), des mortiers allégés (LW) et des mortiers monocouches (OC). Mais ranger un produit dans cette case ne fait pas un décor. Sur une façade, l'effet visuel vient de la combinaison de trois leviers indépendants :
- Le grain, donné par la finition : c'est ce que la lumière rasante révèle, et c'est aussi ce qui décide de l'encrassement futur.
- La couleur, obtenue soit dans la masse du mortier de finition, soit par un lait de chaux appliqué ensuite.
- Le relief, c'est-à-dire la modénature : bandeaux, encadrements, corniches, chaînes d'angle, joints creux et fractionnements.
Ces trois leviers ne coûtent pas la même chose en entretien et ne vieillissent pas de la même façon. Les traiter comme un choix de catalogue en fin de chantier est le plus sûr moyen d'obtenir une façade qui ne ressemble à rien de son environnement — et, dans certaines communes, une façade non conforme au document d'urbanisme applicable.
Le grain : six aspects, et un avis local documenté
Les guides professionnels énumèrent six aspects de finition : brut ou projeté, lissé, gratté, taloché, écrasé, vieilli à l'éponge. Chacun correspond à un outil et à un moment d'intervention sur le mortier encore ouvert.
Sur ce point, le département dispose d'un avis écrit et argumenté, ce qui est rare. Les fiches de conseil de l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine indiquent qu'en centre ancien, pour des réparations ou des réfections d'enduit, il convient de privilégier le plus souvent les finitions talochées ou frotassées fines : lisses, elles rendent la surface moins salissante et plus propice à l'application d'un lait de chaux en finition. Et elles ajoutent, à l'inverse, que les finitions de type écrasées, issues de procédés mécanisés, ont tendance à mal vieillir en retenant facilement les salissures et l'humidité.
Deux détails d'exécution complètent cet avis. Pour une finition à l'éponge, il faut travailler avec une éponge bien rincée, sous peine de voir apparaître des efflorescences. Et l'histoire de l'outil relativise beaucoup de discours sur la tradition : l'usage de la taloche s'est généralisé depuis une trentaine d'années parce qu'elle permet de travailler vite, mais l'outil n'est apparu qu'au dix-neuvième siècle. Auparavant, la finition à la truelle donnait les surfaces lisses, et les enduits plus rustiques étaient directement jetés et fouettés sur la façade à l'aide d'un balai de branches — en Provence, des branches de cyprès, de genêts ou de buis.
« En centre ancien, pour des réparations ou des réfections d'enduit, privilégiez le plus souvent les finitions talochées ou frotassées fins. [...] À l'inverse, les finitions de type écrasées, issues de procédés mécanisés, ont tendance à mal vieillir en retenant facilement les salissures et l'humidité. » — Fiche-conseil « Les finitions d'enduit », unité départementale de l'architecture et du patrimoine des Bouches-du-Rhône et CAUE 13.
Source : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Aides-demarches/Demarches-et-conseils-architecture-patrimoine/Fiches-conseil/udap-des-bouches-du-rhone/les-finitions-d-enduitLa couleur : dans la masse ou en badigeon
Deux voies existent, et elles ne donnent pas le même résultat dans le temps : une teinte dans la masse vieillit par usure, un badigeon vieillit par patine. C'est la première décision à prendre, avant même de choisir une nuance, parce qu'elle engage la façon dont la façade se renouvellera. D'où venait historiquement la couleur des enduits du département, et ce que valent les carnets communaux, sont traités sur la page qui leur est consacrée.
Sur les pigments, la documentation locale est précise. Dans le département, les terres naturelles — les ocres du pays d'Apt, extraites en Vaucluse, du jaune au rouge — puis, à la fin du dix-neuvième siècle, des pigments artificiels comme l'oxyde de chrome et l'oxyde de fer, jaune ou rouge, ont été principalement utilisés. Les ocres colorent la matière plus faiblement que les oxydes, mais leur chimie, en affinité avec la chaux, permet une mise en œuvre durable. Les pigments minéraux employés en mortier relèvent par ailleurs de leur propre norme produit.
Deux mises en garde techniques doivent accompagner tout choix de teinte soutenue. D'abord, les mortiers de teintes soutenues présentent un risque accru de nuançage, c'est-à-dire de variation de couleur sur une même façade. Ensuite, la teinte n'est pas neutre thermiquement : les valeurs indicatives de coefficient d'absorption solaire publiées vont de 0,2 à 0,3 pour un blanc ou un beige, 0,3 à 0,5 pour un ocre jaune ou rouge, 0,5 à 0,7 pour un rouge, un gris ou un vert clair, 0,7 à 0,9 pour un brun ou un bleu sombre, et 0,9 à 1 pour un noir. Ce coefficient est la donnée technique qui fonde l'arbitrage chromatique retenu dans le département ; nous le développons sur la page consacrée aux carnets de couleurs.
« Traditionnellement, la teinte des enduits était le résultat de la couleur du sable local et des agrégats composant le mortier, et donc le plus souvent une teinte beige-ocre ou beige-brun. Les couleurs vives étaient apportées en finition par un badigeon de chaux teinté aux ocres naturelles. » — Fiche-conseil « La couleur », unité départementale de l'architecture et du patrimoine des Bouches-du-Rhône et CAUE 13. Les ocres du pays d'Apt sont extraites dans le Vaucluse.
Source : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Aides-demarches/Demarches-et-conseils-architecture-patrimoine/Fiches-conseil/udap-des-bouches-du-rhone/22-La-couleurLe relief, et ce qui ne s'enduit jamais
La modénature se fabrique avec des accessoires normalisés, pas à la truelle : cornières d'angle, séparateurs d'enduit, joints creux, départs d'enduit inclinés pour écarter les eaux de pluie. Les règles d'emploi sont précises. Un séparateur permet de créer une surépaisseur supérieure à 10 mm si l'enduit est appliqué en deux couches espacées d'au moins 48 h, mais cette surépaisseur ne doit pas excéder 25 mm ; si l'enduit est réalisé en une seule couche, la surépaisseur des parties en saillie est limitée à 10 mm. Les séparateurs servent aussi à fractionner l'enduit et à réaliser les arrêts verticaux, notamment la séparation entre deux couleurs d'enduits différentes.
À l'opposé du décor ajouté, il y a le décor existant, et il ne se recouvre pas. Les fiches départementales sont catégoriques : ne jamais peindre ni enduire les encadrements en pierre de taille. Le règlement d'urbanisme intercommunal applicable aux dix-huit communes du territoire Marseille Provence va dans le même sens en interdisant les revêtements, enduits et peintures, sur les éléments d'architecture et les décors, sur les appareils en pierre de taille ou en brique, et sur les soubassements en pierre froide — l'expression locale pour le calcaire dur employé en pied de façade.
Deux règles de bonne exécution complètent le tableau : éviter le mitage, c'est-à-dire des pierres ponctuellement laissées apparentes au milieu d'un enduit ; et, dans le cas d'une chaîne d'angle apparente, privilégier une finition d'enduit qui vient mourir sur la pierre plutôt qu'une surépaisseur.
Les effets décoratifs encadrés localement
Certains effets décoratifs sont expressément encadrés par les règlements d'urbanisme du département, ce qui surprend souvent les propriétaires au moment de choisir un aspect sur catalogue. Dans les secteurs d'aspect les plus protégés du règlement d'urbanisme intercommunal applicable au territoire Marseille Provence, sont ainsi interdits : la mise à nu et le rejointement des moellons de pierre ; les couleurs et teintes vives ; les matériaux simulant la pierre de taille dits rustiques — jetés, écrasés, au rouleau — sauf dans le cas d'art rustique ; et les enduits de type tyrolien, sauf s'ils correspondent à la typologie et à l'époque de construction du bâti. Le même texte demande que les enduits soient d'un aspect lisse ou badigeonnés, d'une teinte mate et unie.
Ce type de prescription ne se devine pas : il se lit. Deux réflexes suffisent. Vérifier en mairie le document d'urbanisme applicable à la parcelle, avant de commander une teinte ou un aspect. Et demander si la commune dispose d'une palette de couleurs élaborée avec le CAUE 13 : c'est un carnet de références chromatiques pour les enduits, les ferronneries et les menuiseries, élaboré avec la commune, qui a vocation à être annexé au plan local d'urbanisme. Une palette est une référence chromatique élaborée avec la commune, jamais une liste de teintes obligatoires en soi — c'est le document d'urbanisme qui est opposable.
La palette de couleurs du CAUE 13 est décrite comme « un véritable carnet de références chromatiques pour les enduits, les ferronneries et les menuiseries », élaboré avec la commune et qui « a vocation à être annexé au PLU ». Consultation possible lors des permanences de l'architecte-conseil en commune, ou sur rendez-vous au centre de ressources du CAUE 13, 18 rue Neuve Sainte-Catherine, 13007 Marseille.
Source : https://www.caue13.fr/palettes-de-couleursLa méthode de choix, dans l'ordre
Les fiches de conseil départementales proposent une méthode en quatre temps, qui a le mérite de partir de la façade et non du nuancier.
- Déterminer la couleur dominante de la façade — celle de l'enduit courant.
- Pour le soubassement, conserver l'identité colorée du calcaire local ; traiter les encadrements et les décors moulurés en ton sur ton avec ce soubassement.
- Choisir les couleurs ponctuelles : une pour la porte, une pour les volets et les fenêtres.
- Choisir une couleur pour les ferronneries et la serrurerie.
Deux règles d'exposition affinent le choix : les tons les plus sombres s'utilisent sur des façades bien éclairées, les tons plus clairs sur des façades moins éclairées ; une ruelle étroite gagne à être éclaircie, alors qu'une place aérée supporte des coloris plus sombres. Et un conseil de voisinage, souvent oublié : éviter de reprendre la même référence d'enduit que la maison mitoyenne.
Enfin, une pièce que presque personne ne prépare et qui est pourtant attendue : les fiches locales rappellent que le choix de la teinte doit se faire dans un souci d'intégration au contexte environnant, bâti et paysager, et que c'est à cette fin que des photographies de l'environnement proche et lointain doivent être jointes aux demandes d'autorisation d'urbanisme. Elles recommandent de se référer aux documents de conseil et d'urbanisme en désignant les teintes par des références de nuancier normalisées ou de fabricant. Et la validation finale, elle, se fait toujours sur le mur : trois échantillons d'un mètre carré in situ.
Questions fréquentes
Quel aspect de finition vieillit le mieux dans le département ?
Les fiches de conseil départementales privilégient, en centre ancien, les finitions talochées ou frotassées fines : plus lisses, elles retiennent moins les salissures et se prêtent mieux à un lait de chaux. Elles signalent à l'inverse que les finitions écrasées issues de procédés mécanisés ont tendance à mal vieillir, en retenant salissures et humidité.
Peut-on choisir n'importe quelle couleur de façade ?
Non. La couleur relève du document d'urbanisme applicable à votre commune, à vérifier en mairie. Certains règlements interdisent explicitement les couleurs et teintes vives et imposent des enduits d'aspect lisse ou badigeonnés, d'une teinte mate et unie. Par ailleurs, plusieurs communes disposent d'une palette de couleurs élaborée avec le CAUE 13, dont la portée dépend de son annexion au document d'urbanisme.
Teinte dans la masse ou badigeon : que choisir ?
La teinte dans la masse tient dans l'épaisseur du mortier de finition et s'use lentement ; le badigeon est une couche colorée appliquée ensuite, plus facile à reprendre et disponible en quatre degrés de couvrance — chaulage, badigeon, eau-forte, patine. Sur un support brut, poreux et non hydrofugé, les deux sont possibles ; sur un support déjà hydrofugé ou filmogène, ni l'un ni l'autre.
Les imitations de pierre sont-elles autorisées ?
Cela dépend du règlement applicable. Dans les secteurs d'aspect protégés du règlement intercommunal du territoire Marseille Provence, les matériaux simulant la pierre de taille dits rustiques — jetés, écrasés, au rouleau — sont interdits, sauf dans le cas d'art rustique, de même que la mise à nu et le rejointement des moellons de pierre. Il faut donc vérifier avant de commander l'effet.
Faut-il joindre des photos à sa demande d'autorisation ?
Oui, et c'est le point le plus souvent oublié. Les fiches de conseil départementales indiquent que des photographies de l'environnement proche et lointain doivent être jointes aux demandes d'autorisation d'urbanisme, précisément pour justifier l'intégration de la teinte au contexte bâti et paysager.
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