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Territoire

L'enduit de façade sur le territoire Marseille Provence

Dix-huit communes, de la Chaîne de l'Estaque aux calanques, et une particularité qu'aucun autre territoire du département ne partage : ici, la façade type a été dessinée pour être enduite, et le texte applicable indexe la couleur de l'enduit sur la pierre déjà présente sur le mur. Voici ce que cela implique, matière par matière.

Le trois-fenêtres marseillais, une façade dessinée pour être enduite

Le lexique annexé au règlement décrit le type de bâti le plus répandu de l'agglomération. L'immeuble dit « trois fenêtres marseillais » présente trois ou quatre étages et trois travées de fenêtres par niveau — quatre dans la variante du même nom. Il mesure environ sept mètres de large pour quinze mètres de profondeur. Et le texte donne la raison technique de l'enduit : la paroi est constituée en appareillage de moellon, ce qui explique l'emploi de l'enduit à la chaux, lisse ou strié de refends.

Cette description a trois conséquences pratiques. La largeur d'abord : sur sept mètres, une reprise partielle se voit depuis le trottoir d'en face, parce que l'œil compare deux surfaces contiguës et non deux murs éloignés. Les refends ensuite : ces lignes creusées dans l'épaisseur de la couche de finition appartiennent au dessin de la façade ; elles se retracent, elles ne se remplacent pas par un joint rapporté. La profondeur enfin : quinze mètres de bâtiment pour sept de façade, cela signifie que l'essentiel du volume est en mitoyenneté et que la façade sur rue concentre à elle seule l'exposition.

Le règlement demande par ailleurs que les reprises d'enduits et les coloris respectent la logique constructive et typologique de l'immeuble. La formule est générale, son application est simple : sur ce type de mur, un mortier rigide posé sur du moellon, ou un parement collé sur une paroi conçue pour recevoir une couche mince, sortent du cadre.

« Immeuble de type trois fenêtres marseillais — La façade présente généralement, verticalement, trois ou quatre étages et, horizontalement, trois travées de fenêtres par niveau […]. La paroi est constituée en appareillage de moellon, ce qui explique l'utilisation de l'enduit à la chaux, lisse ou strié de refends. […] mesure environ 7 mètres de large et 15 mètres de profondeur. » — Lexique du règlement d'urbanisme en vigueur sur le territoire Marseille Provence.

Source : https://plui.ampmetropole.fr/assets/documents/PLUi_CT1_L_Reglement.pdf

La couleur y est indexée sur la pierre du mur

Le texte applicable sur ce territoire décrit l'aspect attendu d'un enduit, et il a été réécrit à plusieurs reprises depuis son entrée en vigueur en 2020 : faites confirmer en mairie la rédaction en vigueur avant d'arrêter une teinte, un extrait qui circule peut être périmé sans que rien ne le signale.

Dans les secteurs anciens, ce règlement ne se contente pas d'exiger un aspect : il rattache la teinte à un objet physique. Il demande que les couleurs des revêtements posés en accompagnement d'une façade en pierre soient aussi proches que possible de la couleur de la pierre existante. Autrement dit, sur un immeuble dont les chaînes d'angle, les encadrements ou le pied de mur sont en pierre apparente, la teinte de l'enduit n'est pas un choix ouvert : elle est donnée par le calcaire déjà en place.

Le même texte règle un cas que les propriétaires d'immeuble d'angle découvrent souvent trop tard : les bâtiments non mitoyens et les bâtiments d'angle reçoivent la même couleur sur toutes leurs façades. Un immeuble qui tourne la rue ne se traite donc pas face par face, au gré des budgets ou des expositions.

Deux interdictions complètent ce cadre et pèsent directement sur ce qu'un applicateur peut vous proposer. La mise à nu des moellons et leur rejointement sont exclus : un mur qui a toujours été enduit doit le rester. Et les matériaux d'habillage ou de parement qui ajouteraient de l'épaisseur au-delà du nu actuel du mur sont écartés : la remise en état passe par le mortier, pas par un placage rapporté.

« Les couleurs des revêtements (tels que les enduits) en accompagnement des façades en pierre sont aussi proches que possible de la couleur de la pierre existante. » « Les immeubles isolés (c'est-à-dire non mitoyens) et les immeubles d'angle reçoivent la même couleur sur toutes leurs façades. » — Règlement d'urbanisme en vigueur sur le territoire Marseille Provence, prescriptions d'aspect extérieur en secteur patrimonial.

Source : https://plui.ampmetropole.fr/assets/documents/PLUi_CT1_L_Reglement.pdf

Un liant né sur place, et ce qu'il change à une reprise

La teinte traditionnelle des façades de l'agglomération ne vient pas d'un catalogue : elle vient du sol, et plus précisément de deux calcaires clairs extraits autrefois à proximité immédiate — celui de Cassis, sur le périmètre, et celui de La Couronne, sur la commune voisine de Martigues. Quelles pierres, où, et ce qu'elles commandent à une teinte : c'est l'objet de notre page sur les pierres à bâtir locales.

Rapprochez ce fait de la règle exposée plus haut et le raisonnement se referme : si la couleur d'un enduit doit s'approcher de celle de la pierre en place, et si cette pierre est un calcaire clair, alors la base chromatique du territoire est un clair légèrement gris ou légèrement beige. Ce n'est pas une affaire de goût, c'est une contrainte de site — et elle est écrite.

Reste un gisement qui n'a rien donné de visible en pierre de taille alors qu'il a beaucoup donné en surface : Roquefort-la-Bédoule, commune du périmètre, est l'un des trois sites où ce calcaire fortement argileux était extrait, broyé et cuit — avec La Valentine et Valdonne, près de Saint-Savournin — pour produire le ciment naturel prompt, liant à prise rapide très employé sur les façades du dix-neuvième siècle marseillais.

L'identification change tout ce qui suit. Un mur enduit d'une couche fine, dure et uniforme, dont la teinte ne ressemble ni à celle d'une chaux ni à celle d'un mortier industriel, relève probablement de cette famille. Ce matériau ne se traite pas comme les autres : ni le produit de réparation, ni la finition envisageable, ni même l'opportunité de recouvrir ne se décident de la même manière. C'est une vérification à faire sur place, avant le devis, et elle ne se fait pas depuis le trottoir.

« Issu d'une pierre calcaire fortement argileuse extraite, broyée et cuite à Roquefort-la-Bédoule, mais aussi à la Valentine et à Valdonne (près de Saint-Savournin), le ciment naturel prompt, héritier du ciment romain, a accompagné le formidable essor de la construction à Marseille et dans ses alentours au XIXe siècle. » — Fiche-conseil « Les façades en enduit au ciment naturel », unité départementale de l'architecture et du patrimoine des Bouches-du-Rhône et CAUE 13. Un enduit fin, dur et uniforme sur un immeuble de cette époque doit être identifié avant toute décision de reprise.

Source : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Aides-demarches/Demarches-et-conseils-architecture-patrimoine/Fiches-conseil/udap-des-bouches-du-rhone/17-Les-facades-en-enduit-au-ciment-naturel

Du Rove aux calanques, la façade au sel

Aucun autre périmètre du département n'aligne autant de front de mer. La Côte Bleue en occupe la moitié ouest, du Rove à Sausset-les-Pins en passant par Ensuès-la-Redonne et Carry-le-Rouet ; viennent ensuite le littoral marseillais et ses calanques, puis Cassis et La Ciotat. Sur cette bande, l'air chargé de sel fait partie des données du chantier au même titre que l'orientation du mur.

Le repère le plus net vient du référentiel des bétons, qui gradue la sévérité du milieu marin par la distance au rivage : au-delà d'un kilomètre du rivage, l'exposition directe à l'air salin cesse d'être présumée ; en deçà de cent mètres, on entre dans la zone de marnage et d'embruns, la plus sévère des deux. Ce classement ne porte pas sur l'enduit et ne doit pas être présenté comme une norme de mortier : il sert ici de thermomètre.

Ces deux limites ne sont pas rigides pour autant : le texte lui-même admet qu'elles soient élargies là où la topographie et les vents dominants aggravent l'exposition. Sur une côte aussi découpée, où le relief canalise l'air marin dans les vallons ouverts au sud, une maison installée en hauteur derrière une crête ne reçoit pas la même charge qu'une maison de plain-pied située à la même distance du rivage. La géographie fine compte ici plus que le compteur kilométrique.

La conséquence n'est pas de changer la nature du mortier mais de changer la conduite de l'entretien : surveiller les façades les plus exposées, traiter les points où l'eau stagne, et retenir une finition qui ne piège pas les dépôts.

Classes d'exposition liées à la corrosion par les chlorures de l'eau de mer (NF EN 206/CN) : XS1, éléments non en contact avec l'eau de mer, non exposés aux embruns mais directement exposés à l'air salin, à moins de 1 km de la côte ; XS3, éléments en zone de marnage ou exposés aux embruns, à moins de 100 m. « En cas de conditions particulières (topographie, vents dominants…), les distances précitées pourront être portées à 5 km pour la classe XS1 et à 500 m pour la classe XS3. » Repère de sévérité du milieu, applicable au béton et non à l'enduit.

Source : https://www.infociments.fr/norme-beton-nf-en-206-cn-classes-dexposition-des-betons

Un seul carnet de couleurs communal sur tout le périmètre

Le CAUE des Bouches-du-Rhône établit, quand une commune le lui demande, un carnet de teintes de référence qui vaut pour le mur comme pour ce qui s'y accroche. Six communes du périmètre en ont un de publié : Allauch, Cassis, Ceyreste, Gignac-la-Nerthe, Les Pennes-Mirabeau et Plan-de-Cuques. Marseille, la commune la plus peuplée du périmètre, n'en a pas.

La conséquence est simple. Sur la ville-centre, la référence chromatique n'est pas un carnet communal : c'est le règlement lui-même, complété par ce que la mairie applique dossier par dossier. Les six carnets, eux, ne valent que pour la commune qui les a demandés.

Reste la vérification qui vaut partout et qui ne demande qu'un peu d'avance : faire poser des échantillons sur le mur concerné avant de commander quoi que ce soit, et les regarder à deux moments de la journée. Une teinte validée sur un nuancier tenu à la main, en plein soleil, n'est pas celle qu'on verra depuis la rue.

Sur ce territoire, avant de commander : demander en mairie la version en vigueur du règlement applicable à la parcelle ; relever la couleur de la pierre visible sur la façade — pied de mur, chaînes d'angle, encadrements — puisque c'est elle qui cadre la teinte de l'enduit ; vérifier si le bâtiment est isolé ou d'angle, auquel cas toutes ses faces reçoivent la même couleur ; faire poser les échantillons sur le mur, jamais sur un panneau posé au sol.

Source : https://www.caue13.fr/des-palettes-de-couleurs-pour-les-communes

Questions fréquentes

Ma maison est à La Ciotat, à trois cents mètres du rivage : suis-je concerné par le sel ?

Le référentiel des bétons place la limite de l'exposition directe à l'air salin à un kilomètre du rivage, et celle des embruns et du marnage à cent mètres. Trois cents mètres vous placent donc dans la zone de vigilance, et le texte ajoute que ces distances peuvent être étendues selon la topographie et les vents dominants. Ce classement ne s'applique pas à l'enduit lui-même : il indique la sévérité du milieu, dont un applicateur tient compte pour l'entretien et la finition.

Puis-je faire dégager les pierres de ma façade au lieu de la ré-enduire ?

Sur les secteurs anciens de ce territoire, non : le règlement interdit la mise à nu des moellons et leur rejointement. Les fiches de conseil départementales rappellent d'ailleurs qu'un mur monté en moellons n'a jamais été prévu pour rester nu, et qu'un appareil de pierre taillée est le seul ouvrage fait pour être vu sans couverture.

Mon immeuble fait l'angle de deux rues : puis-je ne refaire qu'une seule façade ?

Le texte impose que les immeubles d'angle et les immeubles non mitoyens reçoivent la même couleur sur toutes leurs façades. Une reprise sur une seule face reste possible techniquement, mais elle doit aboutir à un ensemble d'une même couleur : c'est un point à arbitrer avant le devis, pas après.

Un enduit tyrolien est-il envisageable sur ce territoire ?

Le règlement l'encadre explicitement dans les secteurs patrimoniaux : il n'y est admis que si l'âge et le type de la construction le justifient. La même réserve encadre les aspects dits rustiques, jetés, écrasés ou obtenus au rouleau. La question se tranche donc sur l'âge et le type de la construction, pas sur une préférence esthétique.

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